Marathon OGM

Faut comprendre! On vous explique bien trop de choses! Voilà le malheur! Cherchez donc à comprendre! Faites un effort!1



Editorial de mars 2010

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Le Conseil national a accepté, au 8 mars 2010, une modification de la loi sur le génie génétique proposée par le Conseil fédéral, prolongeant le moratoire qui interdit l'utilisation des OGM en agriculture jusqu'en 2013. Nous avons déjà exprimé nos réserves quant à l'opportunité de cette prolongation; nous rappellerons aussi que les milieux scientifiques suisses se sont opposés à cette dernière.

Il est vrai que ces temps-ci la politique ne fait pas bon ménage avec la science. Le quasi échec de la conférence sur le climat de Copenhague a démontré que les politiques se moquent des documents qui leur sont soumis par les experts scientifiques; ils ont des objectifs à bien trop court terme pour pouvoir percevoir et comprendre les enjeux qui sont mis sur la table. Le petite controverses sur la validité de certains résultats, la rétractation de quelques prédictions erronées a donné prétexte à certain pour mettre en doute l'ensemble des données accumulées ces dernières décades sur les changements climatiques en cours.
Le parallèle avec la soi-disant problématique des OGM est frappant, en Suisse et dans quelques pays européens on cherche à tout prix à discréditer les milieux scientifiques; on essaye de faire croire au citoyen que ces derniers ne font pas et n'ont pas fait leur travail. On monte en épingle quelques travaux, la plupart assez peu convaincants, voir franchement nuls, qui prétendent mettre en cause les donnée accumulées depuis plus de 20 ans d'expérience en champs et en laboratoire. La quasi paralysie qui saisit la plupart des politiques au seul mot d'OGM est assez pathétique; on a l'impression qu'au delà des mots d'ordre de certain partis politiques pour lesquels la discussion est close, beaucoup d'homme et de femme politiques ne saisissent pas que ce qui est en jeu c'est non seulement l'avenir de la recherche agronomique en Suisse, mais aussi la possibilité d'une agriculture vraiment durable utilisant toutes les technologies disponibles aujourd'hui pour atteindre ses objectifs.

Contre une prolongation du moratoire OGM

Le moratoire de 5 ans, voté par le peuple en 2005, s'applique à la culture des variétés végétales OGM et à leur utilisation en agriculture; rappelons qu’il ne concerne pas l'usage dans l'alimentation humaine et animale de produits OGM autorisés. Le gouvernement veut attendre les résultats du programme national de recherche "Utilité et risques de la dissémination des plantes génétiquement modifiées" (PNR 59) pour pouvoir prendre une décision rationnelle basée sur les résultats de la recherche publique. Certain projets du PNR 59 abordent en effet des questions aussi importantes que : les variétés végétales OGM sont-elles économiquement intéressants? La coexistence des filières OGM et non-OGM est-elle envisageable? Quels sont les variétés végétales OGM dont d'agriculture suisse a besoin? Les organisations du lobby anti-OGM sont plutôt satisfaites de cette proposition.
Cependant, la prolongation du moratoire de la culture de plante OGM ne se justifie pas et ne peut qu’avoir une incidence négative sur la recherche agronomique de la Suisse et sur les objectifs de diminution des intrants nécessaires à la mise en place d’une agriculture durable. En effet le message du Conseil Fédéral est ambigu, il laisse entendre que l’agriculture suisse bénéficie du moratoire ; le message envoyé à la population est donc que la culture de variétés végétales OGM ne présentent aucun intérêt et pourrait même se révéler dangereuse. Il conforte aussi les opposants dans leurs convictions souvent idéologiques. La prise en compte des résultats du PNR59 pourrait se faire dans le cadre de la législation GenLex existante et n'exige pas la prolongation du moratoire.
En premier lieu il convient de noter que l’affirmation selon laquelle les premières années du moratoire établi en 2005 ont été favorables à notre agriculture n’est basée sur aucune donnée chiffrée ; il s’agit au mieux d’une appréciation qualitative sujette à interprétation. On ne voit pas en effet, alors que toutes les agricultures européennes et en particulier celles des pays limitrophes sont « sans OGM », en quoi l’agriculture suisse se distingue. Si la qualité de ses produits se compare très favorablement à celle de ses concurrents ce n’est certes pas parce qu’elle est « sans OGM ». D’ailleurs le qualificatif « sans OGM » n’est qu’un argument publicitaire à la limite de la concurrence déloyale, il ne correspond pas en effet aux normes d’étiquetage en vigueur dans l’UE et en Suisse ; seul l’étiquetage positif « contient des OGM » est valable légalement.

Enrichir les tomates en anthocyanes

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Les anthocyanes sont des pigments présents, à des concentrations très diverses et sous des formes variables, chez la plupart des plantes. Leur valeur alimentaire, surtout comme anti-oxydant, et leur couleurs variées font que les fruits et légumes riches en anthocyanes sont très recherchés. Contrairement au fruit d'une autre solanacée comme l'aubergine, le fruit de la tomate ne contient que peu ou pas d'anthocyanes; la production de tomates violettes (noires) a rencontré un certain succès dû à l'esthétique culinaire et aux effets bénéfiques supposés ou réels sur la santé. Les tomates noires hybrides produites par introgression de variété de Lyopersicum sauvages comme la variété Kumato™ de Syngenta3 ne contiennent que peu ou pas d'anthocyanes dans le fruit. Il est par contre possible de stimuler massivement la production endogène d'anthocyanes chez Lycopersicum esculentum par transgenèse en sur-exprimant des facteurs de transcription4 allogènes provenant, dans le cas décrit ci-après, d'Antirrhinum majus (la gueule de loup) [10].

L'Europe & son moratoire

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La France, l'Allemagne, l'Autriche; les uns après les autres, certains gouvernements européens mettent des obstacles à l'utilisation des PGM dans l'agriculture. En ce qui concerne les deux premiers pays, il s'agissait d'empêcher dorénavant l'utilisation de la variété de Maïs Bt MON810, variété déjà cultivée les années précédentes dans le midi de la France et en Espagne, entre autre. Dans ces deux cas, l'argument utilisé ne concerne pas la santé humaine, mais la protection de l'environnement (voir ici dans notre forum). Sur le terrain, les destructions de cultures expérimentales se sont poursuivies en Allemagne où des pommiers résistants au maladies fongiques ont été détruits.

L'avatar autrichien

Le dernier avatar de cette histoire nous est rapporté en cette fin juin 2009; dans un document signé par 10 autres pays européens le gouvernement autrichien propose que soit inclus dans le processus d'autorisation de culture d'un PGM « des critères socio-économiques » . Le document précise que : « En plus des raisons relatives à la protection de la nature et de la biodiversité, les critères socio-économiques adaptés pourraient ainsi conduire à une interdiction de la culture des OGM sur la totalité des territoires ou de certaines zones déterminées individuellement par les États-membres »5.

Sécheresse et autres "stress"

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Une adaptation rapide et souple de l'agriculture aux changements climatiques importants et imprévisibles qui sont en marche, va nous obliger à utiliser les biotechnologies vertes en compléments des méthodes traditionnelles pour accélérer la sélection végétale.
Les plantes ont développé de nombreuses stratégies pour s’adapter à des environnements divers. Les effets de l’évolution naturelle et de la sélection agricole ont contribué à adapter chaque espèce de plante cultivée (maïs, orge, riz, haricot, lentille, etc. …) à un contexte climatique et édaphique particulier et relativement restreint. Les exigences de l’orge et du riz ne sont de toute évidence pas les mêmes, la première céréale est très bien adaptée à des régions sèches et froides et l’autre, même pour les variétés cultivées sans irrigation, est mieux adaptée aux climats humides et chauds.
Le terme de « stress » couvre toutes les catégories de conditions extrêmes auxquelles peuvent être soumises les plantes cultivées : sécheresse, froid, chaleur, excès d’eau, salinité & bien entendu tous les prédateurs, parasites et maladies bactériennes, fongiques et virales.

L'intelligence des plantes

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Les dérives sémantiques sont une propriété du langage dans le monde réel et font partie de son évolution. L'usage des métaphores se généralise et perturbe souvent la discussion.
On parle aujourd'hui d'"intelligence artificielle" voire d'"intelligence animale". C'est dire que, dans l'usage courant, le terme "intelligence" réservé dans son sens premier à l'homme, s'applique aujourd'hui aux animaux et aux machines (électroniques, bioniques ou autres). Pourquoi les plantes ne serait-elles pas elles aussi dotées d'une "intelligence des plantes"?
Dans un autre registre, celui de la mouvance créationniste, une tendance se dessine à promouvoir le "dessein intelligent" (intelligent design), idéologie qui se réfère à l'existence d'une entité intelligente (dieu) pour expliquer l'évolution. Certains milieux anti-OGM utilisent le concept d'intelligence des plantes pour conférer à celles-ci une "dignité" qui rendrait sacrilège toute manipulation génétique du végétal. Certains scientifiques auraient-ils, en abusant de la métaphore, donnés aux contempteurs de la science les verges pour qu'on les batte. Il est vrai que même le grand Darwin avait usé du terme cerveau (brain) dans son texte "The Power of Movement in Plants"9, mais dans une simple et candide analogie.

BIBLIO
1. Kumar P.A.1; Mandaokar A.1; Sreenivasu K.1; Chakrabarti S.K.1; Bisaria S.1; Sharma S.R.1; Kaur S.1; Sharma R.P.1 Molecular Breeding, Volume 4, Number 1, February 1998 , pp. 33-37(5)
2. Kashyap V. et al. , Biotechnology of eggplant, Scientia Horticulturae 97 (2003) 1-25.
3. Trewavas A., Plant intelligence, Naturwissenschaften (2005) 92: 401–413
4. Brenner E. O., Plant neurobiology: an integrated view of plant signaling, Trends in Plant Science (2006) 11(8): 413-419
5. Alpi A. et al., Plant neurobiology: no brain, no gain?, Trends in Plant Science (2007) 12(4): 135-136
6. Brenner E. D., Response to Alpi et al.: Plant neurobiology: the gain is more than the name , Trends in Plant Science (2007) 12(7): 285-286
7. Trewavas A., Response to Alpi et al.: Plant Neurobiology - all metaphors have value, Trends in Plant Science (2007) 12(6): 231-233
8. Struik P. C., Yin X., Meinke H., Plant neurobiology and green plant intelligence: science metaphors and nonsense, J. Sci. Food Agric. (2008) 88:363-370
9. Barlow P. , Reflections on "plant neurobiology", BioSystems (2008) 92, 132-147
10. Gonzali S., et al., Purple as a tomato: towards high anthocyanin tomatoes, Trends in Plant Science, 14 (2009), pp. 237-241
11. Butelli E. et al., Enrichment of tomato fruit with health-promoting anthocyanins by expression of select transcription factors, Nat. Biotechnol. 26 (2008), pp. 1301–1308
12. Donald E. Nelson et al, Plant nuclear factor Y (NF-Y) B subunits confer drought tolerance and lead to improved corn yields on water-limited acres, PNAS (2007) 104:16450-16455
13. Castiglioni P et al. . Bacterial RNA chaperones confer abiotic stress tolerance in plants and improved grain yield in maize under water-limited conditions. Plant Physiol (2008) 147, 446-455

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